La Chandeleur a la particularité d'associer des éléments juifs, chrétiens et celtiques. C'est une fête chrétienne qui célèbre simultanément la Présentation de Jésus au Temple et la Purification de la Vierge Marie. Elle tire son nom du latin festa candelarum (= fête des chandelles) et se célèbre 40 jour après Noël. Cette fête s'est substituée à d'antiques cultes naturels : elle marque le premier recul de l'hiver et elle clôt le cycle de Noël. Elle est traditionnellement associée à la consommation de crêpes.
I - LA FÊTE CHRETIENNE
C'est donc simultanément la Présentation de Jésus au Temple et la Purification de la Verge Marie. Ces deux éléments sont des évènements chrétiens issus de coutumes juives.
A/ PRESENTATION DE JESUS AU TEMPLE
La coutume juive faisait obligation de présenter au Seigneur tout premier-né masculin, 40 jours après sa naissance. Pour cela, l'enfant était conduit au Temple de Jérusalem par sa mère qui offrait deux tourterelles. Cette coutume se faisait en souvenir du départ pour l'Exode où Dieu avait fait mourir les premiers-nés égyptiens en épargnant ceux des Hébreux. Le premier-né masculin de chaque famille était donc consacré à Dieu.
B/ PURIFICATION DE LA VIERGE MARIE
C'est une autre coutume juive : une mère était considérée comme impure pendant 40 jours après l'accouchement et devait effectuer un rite de purification. Cette coutume s'est maintenue dans le christianisme sous le nom de relevailles (nom dû au fait de relever de couches). C'est une cérémonie par laquelle les femmes remercient Dieu 40 jours après leur accouchement. Cette coutume fait de la Chandeleur une fête mariale autant que christique.
C/ DEVELOPPEMENT DE LA FÊTE
L'Evangile de Luc raconte que les parents de Jésus ont respecté ces coutumes. Au cours de sa Présentation au Temple, Jésus a rencontré le vieillard Syméon et la prophétesse Anne. Syméon reconnaît en Jésus le Messie et annonce une grande souffrance pour Marie. Les paroles de Syméon sont à l'origine d'une prière célèbre : le "Nunc dimittis" (c'est à dire "maintenant laisse partir", d'après les deux premiers mots latins du texte), connue aussi sous le nom de "cantique de Syméon".
Il semble que la Chandeleur est apparue à Jérusalem au IVe siècle pour célébrer la rencontre de Jésus avec Syméon et Anne. Au Ve siècle, le pape Gélase Ier passe pour avoir substitué cette fête à d'antiques cultes de purification. Les différents éléments de la fête se sont constitués au début du Moyen-Age : consommation de crêpes (que le pape Gélase Ier aurait offert aux pèlerins venant à Rome), procession à la lueur des cierges et bénédiction des cierges.
II - LE TEXTE EVANGELIQUE (Luc, chapitre 2)
"Puis quand vint le jour où, suivant la loi de Moïse, ils devaient être purifiés, ils l'amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, - ainsi qu'il est écrit dans la loi du Seigneur : Tout garçon premier-né sera consacré au Seigneur - et pour offrir en sacrifice, suivant ce qui est dit dans la loi du Seigneur, un couple de tourterelles ou deux petits pigeons.
Or, il y avait à Jérusalem un homme du nom de Syméon. Cet homme était juste et pieux, il attendait la consolation d'Israël et l'Esprit Saint était sur lui. Il lui avait été révélé par l'Esprit Saint qu'il ne verrait pas la mort avant d'avoir vu le christ du Seigneur. Il vint alors au Temple poussé par l'Esprit : et quand les parents de l'enfant Jésus l'amenèrent pour faire ce que la loi prescrivait à son sujet, il le prit dans ses bras et il bénit Dieu en ces termes :
"Maintenant, Maître, c'est en paix, comme tu l'as dit, que tu renvoies ton serviteur. Car mes yeux ont vu ton salut, que tu as préparé face à tous les peuples : lumière pour la révélation aux païens et gloire d'Israël ton peuple."
Le père et la mère de l'enfant étaient étonnés de ce qu'on disait de lui. Syméon les bénit et dit à Marie sa mère : "Il est là pour la chute ou le relèvement de beaucoup en Israël et pour être un signe contesté. toi-même un glaive te transpercera l'âme. Ainsi seront dévoilés les débats de bien des coeurs."
Il y avait aussi une prophétesse, Anne, fille de Phanuel, de la tribu d'Aser. Elle était fort avancée en âge ; après avoir vécu sept ans avec son mari, elle était restée veuve et avait atteint l'âge de 84 ans. Elle ne s'écartait pas du temple, participant au culte nuit et jour par des jeûnes et des prières. Survenant au même moment, elle se mit à célébrer Dieu et à parler de l'enfant à tous ceux qui attendaient la libération de Jérusalem.
Lorsqu'ils eurent accompli tout ce que prescrivait la loi du seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth."
III - LA FÊTE NATURELLE : LE PREMIER RECUL DE L'HIVER
La Chandeleur s'inscrit aussi dans une perspective naturelle où elle succède à des célébrations anciennes. Le 1er février il y avait la fête celtique d'Imbolc : on se purifiait des souillures de l'hiver et on allumait des bougies dans la maison. A Rome, le mois de février, qui terminait l'année dans l'ancien calendrier, était consacré aux purifications. Les Romains célébraient également des rites de fécondité lors des Lupercales, le 15 février. Et de nos jours, on associe toujours l'ours à la Chandeleur, selon une croyance issue des régions montagneuses d'Europe : ce jour, il sort de son hibernation hivernale. Si le ciel est clair, il retourne dans sa tanière car l'hiver va encore durer ; si le ciel est sombre, il reste éveillé car le printemps ne va pas tarder... En Amérique du Nord, la marmotte a remplacé l'ours et la Chandeleur est "la journée de la marmotte". De plus, la perce-neige, qui commence à fleurir à cette époque, peut être considérée comme la fleur de la Chandeleur : non seulement parce qu'il est l'avant-garde du printemps qui sort du sol enneigé mais aussi parce que sa blancheur peut symboliser la purification de Marie. La perce-neige serait ainsi "la violette de la Chandeleur"...
En fait, la Chandeleur marque un premier recul de l'hiver. On se rend compte que la lumière a recommencé à augmenter et que le temps peut changer : on se libère des ténèbres hivernales et l'on commence à se diriger vers le printemps. Le dicton populaire le dit bien : "à la Chandeleur, l'hiver se meurt ou prend vigueur". Et dans ce contexte, la Chandeleur marque la fin du cycle de Noël et le début de la période du Carnaval. C'est ce jour que l'on doit ranger la crèche de Noël.
IV - CRÊPES ET CHANDELLES
De nos jours, la signification religieuse de la Chandeleur tend à s'estomper mais cette fête reste bien vivante grâce à la tradition des crêpes. On mange des crêpes, on peut en offrir et surtout faire un repas entier de crêpes. Mais la tradition est encore plus précise : il faut faire sauter les crêpes, du moins une pour chaque participant, en tenant la poêle de la main droite, tout en serrant une pièce de monnaie (si possible, un louis d'or) dans la main gauche. On s'assure ainsi la prospérité pour toute l'année ! C'est l'occasion de passer un bon moment en famille ou entre amis. Evidemment, on pourra gloser à l'infini sur le symbolisme de la crêpe : sa forme circulaire et sa couleur jaune évoquent-elles le Soleil ou la Lune ?
A défaut de cierges, il faut allumer des bougies pendant le repas de la Chandeleur puisque c'est étymologiquement la fête des chandelles. Connaissez-vous la différence entre la chandelle et la bougie ? La chandelle (du latin candela) est formée d'une mèche enveloppée de suif, tandis que la bougie a sa mèche dans la cire ou la stéarine. Le mot bougie a une origine curieuse : la ville de Bougie, en Algérie, d'où l'on importait la cire. Quant au cierge, c'est une bougie longue et effilée, en usage dans le culte chrétien où il a une signification symbolique et peut être l'objet de bénédictions. Dans le cas de la Chandeleur, la lumière du cierge a une signification chrétienne (il rappelle les paroles adressées par Syméon à Jésus : "lumière pour la révélation aux païens") et naturelle (augmentation de la durée du jour après le solstice d'hiver et bien perceptible dès la fin janvier).
Et on n'oubliera pas la représentation de l'ours ni la perce-neige qui est la fleur de la Chandeleur... Enfin, il faut noter une tradition marseillaise spécifique à la basilique St-Victor (qui est peut-être la plus ancienne église de France) : les fidèles portent des cierges verts et, après la cérémonie, ils se procurent des "navettes" qui sont des gâteaux secs en forme de barque pour rappeler l'arrivée en Provence des saintes Maries.
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